Afin d'exister médiatiquement, le politique fait feu de tout bois et n'hésite pas à mordre sur le terrain artistique. Dernier flagrant délit en date, la pose et le sourire enigmatique  de Ségolène Royale sur l'affiche électorale du premier tour des élections présidentielle. Derrière l'apparence d'une photographie noir et blanc sans artifice et prise sur le vif se cache un travail numérique minutieux ou Ségolène prend la pause de Mona Lisa.

Pour signifier avec le sourire que nous artistes ne sommes pas dupes et afin de se réapproprier le terrain perdu, j'interviens à mon tour sur l'affiche de Ségolène et inscrit ainsi ce subterfuge politique dans l'histoire de l'art. Le faux effet instantané N&B était servi par le coté affiche, je le dénonce en inscrivant l'affiche dans un large cadre classique mouluré.  Pour souligner un procédé médiatique infantilisant, je traite le cadre et le support de l'affiche avec les couleurs acidulées des chateaux en carton pâte des parcs d'attractions :

  
500 DE CARRIERE
- technique mixte - 100 x 100 x 10cm

L'intervention sur l'affiche est la reproduction de l'intervention désacralisatrice de Marcel Duchamp sur une carte postale de la Joconde en 1919 qu'il avait sous-titrée L H O O Q (Elle a chaud au cul). Le titre "500 ANS DE CARRIERE" fait réference à la date de la création de la Joconde, 1507.



Folle du chocolat Lanvin depuis 1507 - technique mixte - 100 x 100 x 10cm

Ici l' intervention sur l'affiche est la reproduction d'une partie de l'intervention de Dali dans son portrait/autoportrait "Dali en Joconde à moustache" de 1954, à savoir sa fameuse moustache. Ce travail de Dali visait à s'approprier à la fois le travail de Leonard, mais aussi (et surtout?) celui de Duchamp. Le titre fait référence à une célèbre publicité de Dali de 1969 "Je suis fou! ... du chocolat Lan-vin!"


LA1\6?C/LO6LHO (MEET MASS MEDIA LOVE)
- technique mixte - 100 x 100 x 10cm

Disposant d'un ego aussi démesuré que Dali et Duchamp, je décide à mon tour de m'approprier les interventions antérieures. Le titre " LA1\6?C/LO6LHO " (Elle a un soucis? C'est sur, elle aussi elle a chaud) est bien sur un clin d'oeil à Duchamp. Mais ici la moustache est remplacée par le bâillon-boule sado-maso qui représente les rapports ambigus qu'entretiennent politiques et media. Sous l'oeil  droit de Ségolène (et donc à gauche  sur le tableau)  j'ai ajouté un  grain de beauté  noir.  Il fait  écho  au grain de beauté que je porte sous l'oeil gauche : quand je regarde Ségolène dans cette situation, il me semble me regarder dans un miroir, car ce rapport sado-maso aux média  n'est pas uniquement le fait du politique, mais aussi de l'artiste. Au sein de la société du spectacle, l'existence même de l'artiste passe par sa médiatisation. Mais "tradutore traditore", et le bâillon-boule est un nez de clown qui a glissé sur la bouche, rendant inaudible le message à transmettre. Ce message transmis par le biais des media est déformé, travesti, trahi par ceux-ci, à leur service exclusif. Si les media eux-mêmes nous aiment comme l'indique le sous-titre MEET MASS MEDIA LOVE qui signifie à la fois rencontre l'amour des média mais aussi  rencontre l'amour médiatique (de Ségolène?), en anglais MEET et MEAT se pronocent de la même manière, le sous-titre devient alors MEAT MASS MEDIA LOVE, c'est à dire LA VIANDE QU'AIME LES MEDIA, ce qui traduit très bien ce que nous autres, artistes ou politiques, sommes aux yeux des journalistes.